par Jonathan Olier, responsable du service espaces verts communal

Le grand tilleul situé sur le Zweibaümleweg était là avant nos arrière-grands-parents. Désormais fragilisé par le temps et l’attaque d’un champignon, sa vie peut être prolongée par une mesure simple, lui redonner de la place.

Estimé à plus de 230 ans, le tilleul est un monument de vie, un témoin silencieux qui a vu défiler notre histoire. Mais aujourd’hui, ce géant est fragile. Comme tout être vivant parvenu à un grand âge, il affronte les épreuves du temps. Un champignon xylophage – « un mangeur de bois » – s’est installé en son cœur. Dans la nature, c’est un processus normal : le champignon recycle le bois ancien. Notre tilleul ne « tombe » pas de maladie, il réagit, il renforce sa structure, il tente de compenser. Pour l’aider dans ce combat invisible, nous devons lui offrir ce dont il a le plus besoin : la paix et le respect de son sol. On croit souvent, à tort, que l’arbre s’arrête à son tronc et à ses branches, c’est une erreur fondamentale. Un arbre est une créature double : il y a ce que nous voyons dans le ciel (le houppier) et son miroir souterrain, le réseau immense de racines fines qui s’étend bien au-delà de l’aplomb des branches. Le mobilier urbain a donc été retiré du pied de l’arbre et une ganivelle a été posée afin de répondre à l’urgence biologique. En libérant le sol, nous empêchons le piétinement direct sous toute la surface du houppier, et permettons à la terre de se décompacter naturellement. La ganivelle sanctuarise l’espace. Ce n’est pas une barrière contre les humains, c’est une délimitation du territoire vital de l’arbre, son « jardin privé », où il puise son énergie.

Changer notre regard

Nous sommes habitués à ce que les arbres s’adaptent à nos besoins de citadins. Pour ce tilleul bicentenaire, nous avons choisi l’inverse, c’est à nous de nous adapter à sa vieillesse. Certes, on ne pourra plus s’asseoir directement contre son écorce ou sous sa frondaison, mais nous pourrons l’observer à quelques mètres. Lui offrir cette distance, c’est lui offrir des années voire des décennies de vie en plus.